Fuga VII in Es Dur

BWV 852

Nous sommes en présence d’une fugue en mi b majeur BWV 852 à trois voix extraite du Premier livre du Clavier bien tempéré de J.S. Bach.

Analyse du sujet et de la réponse :
Le sujet est clairement scindé en deux parties : la première commence par la cinquième note (si bémol) ; elle consiste en deux double-broderies dont la première s’appuie sur la tonique tandis que la seconde retourne sur la dominante par son appoggiature supérieure. La seconde partie du sujet module clairement vers le ton de la dominante (si b majeur) avec un arpège de septième de dominante caractéristique (fa 7+) puis redescend conjointement vers si bémol 1° degré du ton de la dominante. Deux arpèges descendants (Coda du sujet) sur un ambigus de septième nous ramènent en mi b majeur, afin de faire entrer la réponse sur sa première note mutée mi b. En effet ce qui est 5° dans le sujet doit répondre 1° dans la réponse, puis tout ce qui suit appartient à mi bémol majeur dans le sujet donc si b majeur dans la réponse. La deuxième partie qui modulait vers la dominante doit naturellement retourner au premier degré par mutation de l’arpège de dominante (cette fois si b 7+) afin de ne pas se retrouver un ton plus haut !
Le premier contre-sujet complète rythmiquement parfaitement le sujet par un tétracorde de croches descendant, puis un tétracorde ascendant en doubles redoublé après la valeur longue puis arpège de septième de dominante. Grande parenté dans les cellules ! Le conduit mesure 4 1/2 et 5 utilise la formule coda du sujet avec redites variée, ponctuées par des arpèges  en deux doubles / valeur longue à la main droite. La troisième entrée nous présente à nouveau le sujet nanti de son contre-sujet.
Le premier épisode utilise la formule caractéristique de la coda du sujet en marche harmonique et en question réponse entre soprano et basse, ponctuée d’une formule en croches symbolisant la coda du sujet en augmentation (du 5° degré au 1°) tout en n’occupant qu’une blanche comme la dite coda ! Comme très souvent dans les fugues à trois voix, Bach nous gratifie d’une quatrième entrée mesure 11 : réponse en si b. Un contrepoint à l’alto se retrouve quelque peu varié contre la septième entrée mesure 26. On pourrait l’élire au rang de deuxième contre-sujet.
Le deuxième épisode utilise les mêmes éléments que le premier tout en développant l’idée sur 5 mesures. Les questions réponses sont cette fois entre soprano et alto.
Au centre de la fugue se trouve une réponse anticipée en sol mineur (mutation de tête : le sol du Sujet en Ut m devient Ut, puis pour la deuxième partie du sujet : retour en Ut), nantie de son contre-sujet. Un conduit sur une mesure et demi, renversable du premier mesure 4 1/2 et 5, nous mène vers le sujet en Ut mineur. Il s’agit donc bien d’un couple réponse / sujet.
Le troisième épisode nous présente la tête du sujet, en marche, contre une formule qui s’apparente à la deuxième partie du contre sujet inversus, rigoureux dans un premier temps puis broderie au lieu de l’arpège. La basse redouble simplement la formule coda du sujet mais en descendant sur une douzième. Dans sa deuxième partie, l’épisode nous présente des tétracordes ascendant en croches (tête du 1° C.S inversus) contre une nouvelle formule en saut de quarte et une seule cellule de la coda du sujet en arpège.
Nouvelle paire d’entrées : réponse en si b mes 26 et sujet en mi b mes 29 (avec mutation de la première note en la b nécessaire à l’harmonie de septième de dominante qui nous ramène en mi b). Entre les deux un bref épisode utilise toujours les têtes du 1° C.S. inversus, tandis que les formules en arpège de la coda du sujet passent d’une voix à l’autre pour occuper un ambitus de deux octaves.
Le cinquième épisode développe simplement les idées du premier sur trois mesures et demi, avec l’apparition en sus de la formule coda du sujet en inversus.
Une ultime réponse en si b amène la conclusion, utilisation de la cellule arpège entre soprano et basse couvrant cette fois un ambitus d’une octave et demie.
Voici à nouveau une fugue au matériel thématique très serré dont l’élément arpège de la coda du sujet prend de plus en plus d’importance. Le plan en alternance de passages rigoureux et d’épisodes de divertissement revêt ici un caractère de continuité, sans rupture, qui confère  à cette fugue une trajectoire d’un seul jet, d’où se dégage une énergie jubilatoire sans ostentation.

Jean-Pierre Lecaudey, 6 juin 2017