Après un rève - Op. 7

Voici une autre mélodie de Fauré : un chef d’œuvre entre bien d’autres. Les appoggiatures sont d’une expressivité incroyable. L’harmonie est relativement sage en regard de ce que Fauré apportera…

Composée entre 1870 et 1877, cette mélodie fait partie d’un ensemble de trois pièces, opus 7, dont elle est la première, précédent Hymne et Barcarolle.  Le poème d’Après un rêve est librement adapté par Romain Bussine à partir d’un texte italien anonyme. Il raconte, sous forme d’un songe, l’envol imaginaire de deux amants épris l’un de l’autre, mais la dernière strophe ramène inexorablement le rêveur à sa triste réalité, tandis que le jour se lève.

Cette pièce éminemment romantique témoigne du style de jeunesse de Fauré, loin des abstractions harmoniques de sa période de maturité. Sur un tapis de croches régulières, le chant se déploie avec un lyrisme que les figures en triolets fluides libèrent de son assise rythmique immuable.

Voici en premier lieu le texte :

Dans un sommeil que charmait ton imageJe rêvais le bonheur ardent mirage,
Tes yeux étaient plus doux, ta voix pure et sonore,Tu rayonnais comme un ciel éclairé par l’aurore
Tu m’appelais et je quittais la terrePour m’enfuir avec toi vers la lumière,
Le cieux pour nous entr’ouvraient leurs nues,splendeurs inconnues, lueurs divines entre vues,
 
Hélas! Hélas, triste réveil des songes,
Je t’appelle, ô nuit, rends-moi tes mensonges,
 
Reviens, reviens radieuse,
Reviens, ô nuit mystérieuse.

Fauré va composer sur ces vers une structure A, B, A, B’, C et D.

La présentation strophique permet de s’apercevoir de la symétrie entre les paires de vers et l’insistance sur les pénultièmes syllabes ce ceux-cis. Procédé facile mais terriblement efficace !

Remarquez également comment Fauré souligne l’intensité d’émotion croissante à l’aide de la nuance crescendo et de la tessiture.

ANALYSE MELODIQUE

Ce qui est frappant dans cette mélodie, c’est l’opposition entre l’intervalle de quarte ascendante qui sert de levée aux phrases A, C et D et celui de tierce descendante qui introduit les phrases B et B’. La vie rythmique aussi est savamment dosée entre duolets et triolets et les voyelles qui vocalisent en fin de vers.

ANALYSE HARMONIQUE

Le vocabulaire harmonique est encore éminemment tonal dans cette pièce. Néanmoins certains accords servent de pivot entre les différentes modulations. L’omniprésence des accords de 9° associés à des appoggiatures très expressives sont déjà caractéristique du style Fauréen de jeunesse. C’est déjà extrêmement novateur à cette période..