Le secret

Fauré a composé plus d’une soixantaine de mélodies. Nous commencerons ici par une des plus simple et des plus connues. 
Ce qui caractérise le style de Fauré c’est l’ambiguïté harmonique. Il cherche à éviter les cadences parfaites. Pour cela il évite de toucher grossièrement les degrés principaux au début de ses œuvres. Le secret en est une parfaite illustration. Horizontalement la mélodie est en mode lydien (mode de Fa, alors que les accords plaqués laissent planer un doute entre Fa majeur et La mineur dès le début… Nous verrons cela précisément dans l’Analyse Harmonique.
Le support littéraire est primordial pour cette composition. Aussi nous commencerons par en faire une analyse mélodique.

Pour les étudiants qui doivent passer des concours, quelques conseils pour un éventuel commentaire d’écoute :

1.     Plan d’approche : Déterminer genre, nomenclature, caractère, support littéraire, cadre temporel, tempo, agogique, forme, thèmes, formules rythmiques, écriture instrumentale, dynamique, écriture, langage, époque, auteur, œuvre.

2.     Rédiger :

                        Phrases simples, claires, donnant en les rassemblant, les informations les plus pertinentes qui découlent de l’extrait entendu.

Exemple de rédaction à la fin de l’article…

ANALYSE MELODIQUE

ANALYSE HARMONIQUE

Observez l’ambiguïté harmonique générée par la succession des accords de Fa majeur, puis La mineur et enfin Re mineur 7 ! L’accord de dominante de Fa qui suit réinstalle clairement le Fa majeur. Mais le Si bécarre de la mélodie accuse ensuite le La mineur… Bref on oscille entre les deux tonalités.
Remarquez également l’élégance du Do pédale intérieure mesure 9.
A la fin remarquez la différence entre le Fa majeur 6te ajoutée de la mesure 29 et le Re 7 de la mesure 30. La fonction harmonique est clairement I sur la mesure 29 et l’accord ne saurait être chiffré 6/5 (premier renversement de Re 7 du VI° degré !).

REDACTION

LE SECRET

 

            Nous sommes en présence d’une mélodie accompagné pour voix et piano sur une poésie d’Armand Silvestre. Le caractère de l’œuvre représente les idées contenues dans le poème : intimité mais aussi passion exaltée. Les nuances suivent les paroles : p et pp pour la nuit et le matin  f  pour le jour, le cœur ouvert et l’incendie. Voici le poème sous forme strophique :

 

Je veux que le matin l’ignore

Le nom que j’ai dit à la nuit,

Et qu’au vent de l’aube, sans bruit

comme une larme il s’évapore.

 

Je veux que le jour le proclame,

L’amour qu’au matin j’ai caché,

Et sur mon cœur ouvert, penché,

comme un grain d’encens, Il l’enflamme.

 

Je veux que le couchant l’oublie,

Le secret que j’ai dit au jour,

Et l’emporte avec mon amour,

Aux plis de sa robe pâlie!

 

Il s’agit de trois quatrains en octosyllabes à rimes embrassées. Le texte sur un argument amoureux est typique de la poésie du XIXe siècle.

 

La forme musicale respecte la structure du poème et adopte une forme lied varié A B A’. Dans une mesure binaire à 2/4, le rythme est très simple et ne constitue pas un élément fondamental. Néanmoins, la cellule en anacrouse double / croche / deux doubles confère à la deuxième strophe un caractère plus décidé. (Voir l’analyse mélodique). Le tempo Adagio impose une atmosphère d’ensemble assez tranquille. L’écriture pianistique est réduite à un simple accompagnement d’accords plaqués. Seules les mesures de transitions et de conclusion sont pourvues d’une petite mélodie rappelant le début de a. La mélodie elle même est très simple (voir analyse mélodique). Tout l’attrait de cette pièce réside dans le caractère éminemment attachant qui se dégage d’une harmonie très raffinée qui oscille entre tonalité et modalité : sur le plan horizontal la mélodie est en Mode de Fa, tandis que verticalement l’accord de septième de dominante accuse nettement le Fa majeur. Le Si bécarre dès la mesure trois introduit une ambiguïté qui crée un balancement entre Fa majeur et La mineur. Ceci est caractéristique du style Fauréen. Cette œuvre jouit d’une grande popularité dans un corpus assez étendu (plus de soixante mélodies). Genre très populaire dans les salons parisiens dans la seconde partie du XIXe siècle, cette pièce souhaite manifestement exprimer les sentiments évoqués par le poème d’Armand Silvestre (ariégeois d’origine comme lui) et Fauré signe ici l’un de ses chef-d’œuvres alors qu’il ne s’intéressa au genre, à l’origine, que pour plaire à ses commanditaires.